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En Irlande, l’épidémie sonne le glas des pubs de campagne

En Irlande, l’épidémie sonne le glas des pubs de campagne

Newport (Irlande)

Correspondance particulière

Posté sur la route côtière qui serpente à l’extrémité ouest de l’Irlande, Newport voit défiler chaque année les touristes remontant le circuit de l’Atlantique. Mais cet été, la saison s’est terminée avant même d’avoir commencé.

John Chambers, 57 ans, essuie les tasses du petit déjeuner dans l’immense salle de son pub, fermé au public. Son établissement survit grâce aux chambres d’hôtes situées à l’étage supérieur. « Avant de pouvoir les rouvrir, mes économies y sont passées. J’ai raté la Saint-Patrick, puis le week-end de Pâques : normalement, c’est 5 000 livres (5 610,50 €) de profit net à chaque fois », s’indigne-t-il. Le propriétaire du Grainne Uaile est « en colère » contre le gouvernement : pour l’heure, seuls les établissements ayant une activité de restauration ont pu rouvrir. À la condition qu’ils commandent un repas « conséquent » et ne restent pas plus de cent cinq minutes.

« On nous a dit que l’activité reprendrait en juillet. Puis en août. Et maintenant, on attend les annonces de septembre. » Il désigne l’autre côté du pont : « Il y a des dizaines d’enfants qui jouent ensemble à la balançoire en bas de la rue, sans prendre garde à la distanciation sociale. Pourquoi leurs parents ne pourraient-ils pas aller au pub ? » L’Irlande est le seul pays d’Europe où les bars sont encore fermés et ce, malgré leur importance dans les communautés rurales.

« Sacrifier les établissements de campagne parce qu’ils ne servent pas de nourriture, c’est oublier que les clients sont des personnes âgées qui viennent d’abord pour leur santé mentale, pas pour la boisson. Dans les villages, ce sont les seuls endroits de rencontre. » Si l’été, John Chambers accueille jusqu’à 400 personnes par soir, l’hiver, seule une dizaine de gens du village se rassemblent au comptoir. « Les fermiers, les ouvriers… C’est ici qu’ils retrouvent leurs amis, parlent de leurs problèmes, comparent les prix des moutons. Les pubs ruraux sont l’université des petites gens, leur bureau communautaire. Ceux qui viennent ici n’ont aucun autre moyen de voir du monde. »

À quelques dizaines de kilomètres de là, dans un autre village du comté, un patron de bar admet accueillir quelques habitués en secret. « Un de mes clients vient deux fois par semaine. Il a 88 ans et vit seul. Il s’installe au comptoir et nous buvons une bière ensemble ! » La région a été peu touchée par le virus, et le propriétaire souhaiterait voir un assouplissement des restrictions. Dans les campagnes, où vit 36,6 % de la population irlandaise, le commerce autrefois florissant des pubs a commencé à décliner il y a plusieurs années déjà. « Les vies se sont accélérées, les gens se sont mis à boire chez eux », explique Padraic McGann, directeur de la VFI, la fédération qui rassemble 4 000 pubs en dehors de Dublin. « Si rien ne change d’ici Noël, 65 % de nos membres fermeront pour de bon. Voilà déjà six mois qu’ils n’ont plus d’activité ! Il s’agit pourtant de commerces viables, qui ont tous leur clientèle. » S’il milite auprès du gouvernement pour recevoir des aides, celles-ci tardent à arriver. « L’État semble sourd. Il y a bien une bourse prévue pour aider à la réouverture mais en attendant, les propriétaires doivent continuer à payer les factures et les assurances ! »

Au total : 250 livres (280,53 €) pour sa licence, 300 (336,63 €) pour le gaz, l’eau et l’électricité… Dans l’arrière-cuisine du O’Boyles, sur la route qui relie Sligo à Ballina, Michael enrage. La banque vient de lui interdire l’accès à son compte, faute d’avoir pu régler les sommes dues. « Le gouvernement fait de nous des victimes ! Mon pub est le seul à 5 kilomètres à la ronde ; une vingtaine de voisins venaient tous les soirs. Maintenant, ils m’appellent pour savoir quand je pourrai rouvrir. C’est leur thérapie ! » A 89 ans, lui qui n’a jamais pris un jour de vacances se voit en congés forcés. « Pourtant, on fait ça pour gagner notre croûte et rendre les gens heureux ! », soupire-t-il. En attendant d’en savoir plus, les professionnels font campagne sous le slogan « Support Not Sympathy » : ils réclament « du soutien, pas de la compassion ».

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